Avril 1965 - Lettre n° 2
Article mis en ligne le 30 avril 2013
dernière modification le 18 février 2018

par PS

La Lettre de Brignoles racontait dans chaque numéro, au jour le jour, le quotidien des objecteurs. Les textes de présentation ou de réflexion qui accompagnaient chaque "Lettre" sont rassemblés ici.

Lettre de Brignoles n° 2 - Avril 1965

1er AVRIL 1965 :

La tradition des Poissons d’Avril a été respectée. Un décret ministériel prévoyait l’arrivée d’un "contingent" ce jour ! Les nouveaux objecteurs furent donc la cible rêvée.

Le premier canular eut lieu à midi/ Suite à un coup de téléphone, un cadre parti à la gare se trouve face à face à une charmante jeune fille munie par nos soins de papiers empruntés à l’un des nouveaux arrivants, dont le prénom ambivalent permettait la substitution. La plaisanterie découverte, la demoiselle dut malheureusement nous quitter.

Le soir un certain nombre d’entre nous, bottés, casqués, constituent un comité d’accueil et se portent au devant des nouveaux arrivants en gare de Carnoules. Ils veulent faire marcher les "jeunes recrues" au pas !

Pendant ce temps-là, quelques-uns, sachant qu’un objecteur est déjà à la gare de Carnoules, lui téléphonent pour le prévenir de l’accueil militaire qu’il va subir, et lui demandent de jouer l’antimilitariste forcené.

Ce coup fourré donne lieu à des scènes d’un comique certain…

Une croix de bois noir se dresse au-dessus d’un tertre. C’est ainsi qu’Yvon Bel qui séjourna successivement dans les maisons d’arrêt de Nantes, Aix, Marseille et au Pénitencier de Mauzac, et qui fut ici, en ces lieux chef de chantier et entraîneur sportif, est rappelé à notre reconnaissance éternelle.

2 AVRIL 1965 :

Nous sommes allés à la Perception de Brignoles toucher notre solde (30 centimes pas jour !)

3 AVRIL 1965 :

Les cigarettes tant attendues sont arrivées. 32 paquets chacun pour Février et Mars.
Le soir a eu lieu une causerie sur l’ordonnance de Janvier 59 qui régit la nouvelle organisation de la Défense (voir supplément)

6 AVRIL 1965 :

Visite des journalistes de l’Express.

Ce soir visite d’un ami venu nous parler du problème des vaccinations et de la radiologie.

Mettant en doute l’efficacité de la vaccination, il en préconise la liberté et dénonce l’abus des radios.

10 AVRIL :

Visite des journalistes de l’Aurore.

11 AVRIL 1965 :

Le Groupement a été sollicité pour établir 5 Postes de Secours le long de la côte d’Ampus où va se dérouler aujourd’hui une course automobile.

Les 6 km 900 sont effectués en 5’55’’ par une Porsche. Pas d’accident grave à déplorer. De notre côté nous constatons qu’il y a encore beaucoup à faire, pour être pleinement efficaces. En particulier le réseau-radio demande à être amélioré.

14 AVRIL 1965 :

En vue de l’exercice ORSEC (ORganisation des SECours) nous avons commencé à contruire un hôpital de campagne.

15 AVRIL 1965 :

"A proximité du camp, un camion d’explosifs entre en collision avec un car transportant des jeunes scouts" : tel est le thème de l’exercice ORSEC. En plus des scouts, y participent les sauveteurs et ambulanciers de Brignoles, Toulon et Hyères.

Cet exercice a démontré un manque de coordination et des défauts de communication entre les différents Corps de Secours : nous avons eu des contacts cordiaux avec les chefs scouts invités à boire le café.

16 au 20 AVRIL 1965 :

Nous participons à l’opération "Primevère" en assurant un Poste de Secours sur la RN7 près de Tourves.

18 AVRIL 1965 :

Il y a eu un grand feu dans la région, près de Cuges. Etant donné que les Pompiers du sud-Est ont été appelés et même la Troupe, nous nous demandons pourquoi nous n’avons point été "
"appelés" ?

19 AVRIL 1965 :

Visite du Professeur Czarnecki du Christianisme Social. Il a pris contact avec certains d’entre nous.

20 AVRIL 1965 :

A deux reprises la sirène retentit à une heure d’intervalle. Premier déplacement à la Louvière (une moto ayant pris feu près d’un hangar). La deuxième fois au restaurant La Reinette (feu de cheminée rapidement maîtrisé).

21 AVRIL 1965 :

L’Express est sorti, causant un grand émoi parmi les cadres et une certaine gêne chez les objecteurs.

Il était certes plus facile de rester dans l’anecdotique, dans le folklorique que d’aborder le problème de fond…

L’information, si elle ne veut pas rester superficielle donc partiale et fausse, doit nous conduire à la connaissance de la situation décrite, à la compréhension des personnes et des thèses en présence.

Pour nous, grâce en particulier à cette modeste "lettre", nous nous efforcerons de vous apporter peu à peu les éléments qui vous permettront une opinion personnelle sur notre action et qui vous informeront des problèmes que nous cherchons à poser.

24 AVRIL 1965 :

Réunion autour du problème des permissions. Une liste de ceux qui refusent de demander des permissions en dehors du service sera donnée à l’administration. Un camarade monté à Paris essaiera de toucher nos avocats ; nous attendons son retour pour décider de la suite à donner à notre action.

25 AVRIL 1965 :

Marche Nice-Cannes organisée par le MCAA. Elle fut un succès par le nombre de participants. On peut cependant regretter une observation insuffisante des consignes (silence).

Des amis de Pax Christi de Marseille sont venus passer l’après-midi avec nous.

27-28 AVRIL 1965 :

Intervention !! Nous partons. Il y a le feu sur le versant Sud-Est du massif de la Sainte Baume.

Après un long trajet en camion, nous apercevons le feu qui s’est perché, on ne sait comment, sur des pitons et des parois très droites.
Il y a déjà beaucoup de Pompiers, spécialement les Pompiers-Marins de Marseille. Il semble qu’on nous ait appelés parce qu’on avait besoin de gens pour monter sur ces pentes escarpées.

Nous en sommes donc réduits à jouer la piétaille ! Le feu n’est pas très violent, le vent souffle même à notre avantage empêchant que les flammes sautent par-dessus la crête. Le point de surveillance étant loin de la route, le ravitaillement en eau pour les seaux-pompes dorsaux se fait très mal.

Tout l’effectif étant parti au feu, la relève qui a passé la nuit auprès des camions est aussi mal en point que les équipes qui ont dormi près du feu : donc peu d’efficacité !

Nous revenons le mercredi vers 17 h, fourbus et sales. Une douche nous remet sur pied.

Heureusement demain est repos.

suite.


Nous tenons ici à remercier tous nos amis qui ont bien voulu encore une fois, et à l’occasion de la parution du n°1 de la "lettre", nous témoigner leur sympathie en nous écrivant et en versant leur contribution financière.

C’est avec plaisir que le Comité de Rédaction apprend que la formule employée pour la première "lettre" vous a plu et que vous en appréciez la simplicité et la concision.

Le Comité de Rédaction


Pour écrire à la rédaction : DUVAL et SOMMERMEYER
GSP ; Protection Civile
BRIGNOLES (VAR)




Dernière heure - dernière heure - dernière heure - dernière heure – dernière heure

MANIFESTATION POUR LA PAIX INTERDITE AUX OBJECTEURS DE CONSCIENCE

Huit objecteurs viennent d’être gravement sanctionnés pour s’être joints en dehors de Brignoles à la Marche de Paix Brignoles – Cadarache organisée par le Mouvement de la Paix le 9 MAI 1965. Nous vous tiendrons au courant de l’évolution de la situation.

JANVIER 2018 : VIENT DE PARAITRE
Les « Lettres » et « Courriers » ronéotés que les objecteurs envoyèrent à leurs amis sont rassemblés ici.
Voir rubrique pour plus d’informations et pour passer une commande

Suite des annexes