Claude Barthaux, 1926-2010
Nos amis disparus depuis 2003
Article mis en ligne le 6 mars 2013
dernière modification le 16 juillet 2017

par A.B.
Claude Barthaux en 2006

Claude Barthaux est né le 18 juin 1926 et décédé le 7 novembre 2010.

À son enterrement, Michèle (l’aînée des quatre enfants) a prononcé ces paroles :

Bon, voilà papa, nous sommes réunis pour ton dernier voyage, au pied de cette montagne, le Glandasse, que tu as aimé gravir plusieurs fois lorsque tu séjournais chez Denise.

Eh bien, papa, je vais commencer par une anecdote que Juliette a résumée ainsi : « Une erreur chasse l’autre. » Comme tu le souhaitais, nous avons fait passer une annonce dans le journal le Monde et ceci dès mardi. Mais, il y eut un petit « méli-mélo » entre l’annonce du dessus et celle du dessous, et je t’imagine en train de déplorer ce travail bâclé, dont, néanmoins, tu n’aurais pas manqué d’attribuer les causes à la dégradation des conditions de travail ou au durcissement des relations sociales...

Toutefois, à notre demande, l’annonce a été repassée dans l’édition datée du vendredi, correctement mise en page cette fois, et aussi avec la mention « journaliste et ancien du SNJ (syndicat national des journaliste) » que j’avais malencontreusement omis d’indiquer la première fois. Or, cette deuxième annonce, du fait du méli-mélo a été gracieusement offerte par le service des petites annonces de ce journal.

Nous pensons, papa, que tu apprécies ce geste « confraternel ». Ce mot, confraternel, était pour toi, m’avais-tu dit un jour, à l’opposé du corporatisme (ce qu’il peut signifier d’ailleurs). Tu aimais bien ce terme, car il voulait dire aussi : « être avec ses frères » ; et tu ajoutais « ses frères humains ».

Certainement, je pense à toi comme à un homme engagé dans les actions de luttes sociales et de solidarité envers les opprimés. Ainsi, engagé, jeune homme, dans la Résistance, tu as voulu ensuite participer à la reconstruction d’un monde meilleur. Par exemple, tu as voulu devenir « prêtre ouvrier ». Mais deux années de séminaire t’ont découragé d’adopter cette vie : les enseignants jésuites ne ressemblaient pas aux prêtres que tu avais croisés dans la Résistance et juste après guerre. D’ailleurs, je crois qu’il n’y en a qu’un seul, c’est J.-P. Lelièvre.

Alors, c’est plutôt vers les chantiers du Service civil international que tu t’es tourné. Ces chantiers réunissaient toutes sortes de femmes et d’hommes qui voulaient participer à la reconstruction de l’Europe, dans l’esprit fraternel et de partage. Et, c’est d’un de ces chantiers, que tu es parti faire ton tour d’Europe, qui restait un des meilleurs souvenirs de ta vie.

Par la suite, rentré en France, devenu journaliste, car tu avais suivi les conseils avisés de ta sœur Denise qui, c’était prémonitoire, t’avait dirigé vers la revue Liaisons sociales, tu as continué à t’engager dans les luttes sociales et politiques de l’époque. Sur toutes ces actions, que je ne peux pas toutes énumérer car j’aurais peur d’en oublier, de la guerre d’Algérie avec le statut des objecteurs de conscience aux Restos du cœur, en passant par ton engagement syndical, tu es resté modeste. Car, nous l’évoquions encore hier soir, tu n’as jamais été un militant qui aurait pu faire carrière dans la structure syndicale ou humanitaire où tu étais engagé.

Ce qui t’as guidé, c’est l’action déterminée par ton indignation face à l’injustice et aux malheurs de tes frères humains. C’est aussi la conviction profonde que l’on pouvait agir ensemble pour faire de ce monde un endroit meilleur. Mais, je le répète, tu étais modeste, et l’âge venant, lucide dans cette ambition de « faire le bien ».

De la revue éphémère Anarchisme et non-violence que tu as fondée avec quelques amis [1], alors que Mathieu et moi avions une dizaine d’années, à mai 1968 où tu as cru que « ça y était, c’était la révolution », tu étais revenu sur l’illusion du « grand soir » où enfin le vrai communisme régnerait sur terre.

Mais, pas de découragement, toujours avec non-violence, pacifiquement, tu as continué à te dévouer aux autres (tu n’aimais pas ce terme car trop connoté « religion ») mais comment ne pas utiliser ce verbe quand je pense au nombre d’heures et de jours passés à aider tel ou tel salarié en litige avec son employeur.

Cher papa, toi et maman, vous nous avez appris, chacun à votre manière, que le monde est bien plus vaste que la fameuse famille « nucléaire » égoïste et consommatrice. D’ailleurs, tu étais contre le nucléaire, mais vraiment contre... Vos chemins se sont séparés bien avant la rupture définitive d’avec les vivants, survenue à trois mois d’intervalle. Merci d’avoir été ce que vous avez été. Vous resterez réunis dans nos cœurs.

***

Message personnel de Claude Barthaux :

Je suis parti...

Ce n’est pas grave

Ce n’est qu’une petite lumière

Qui s’est éteinte...

Des millions d’autres brillent :

Il y en aura toujours ...

Ouvrez les yeux,

Regardez-vous

Les uns les autres,

Regarde-toi

Toi-même,

Brûlez jusqu’au bout.

Je vous aime toutes et tous,

Je t’aime toi, à jamais...

***

Voici ce que nous avons publié dans notre livre en 2005 dans le chapitre concernant le renvoi de livret militaire. Claude Barthaux avait renvoyé le sien lors du procès de Jean Lagrave en septembre 1961.

Le procès de Claude a lieu le 31 janvier 1962 à Corbeil (Essonne). L’accusé explique son cheminement, des FFI à 18 ans au Service civil international, et sa rencontre avec Jean Lagrave. Joseph Pyronnet, témoin, appuie Claude en mettant en valeur le réalisme de Jean Lagrave. De son côté, Colette Poullain, autre témoin, parle du sens de la communauté et du service. Le procureur réclame l’application stricte de la loi. Me Gambier de La Forterie fait remarquer l’ancienneté de cette loi et son évolution souhaitable, en s’appuyant sur les récentes introductions du service civil en Guadeloupe et en Guyane. Verdict : 600 NF d’amende.

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